Le
portfolio des langues
Quelques
conseils pour expérimenter l'usage de cet outil
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L’appellation « Portfolio »
peut recouvrir deux acceptions : ce mot peut
désigner l’ensemble des documents liés
à l’élaboration du Cadre européen
commun de référence, ou bien il peut
désigner dans chaque pays les portfolios directement
destinés aux élèves et adultes
pour qu’ils apprennent à s’auto
- évaluer. Ces portfolios sont des outils qui
permettent d’appliquer de façon concrète
les attentes fixées par le CECR. Chaque pays
a élaboré (ou est en train d'élaborer)
un ou plusieurs portfolios, ciblés sur certaines
tranches d’âge ou catégories de
la population, et qui selon les systèmes éducatifs
peuvent être présentés différemment
suivant les régions de ces pays. (cf l’Espagne
ou l’Allemagne.) On peut consulter ces portfolios
en ligne sur le site du Portfolio
du Conseil de l’Europe. Le développement
qui suit concerne ces portfolios en France.
Deux portfolios sont à la disposition des élèves de second cycle.
1. Portfolio européen des langues, dit « collège » élaboré en partenariat CIEP, ENS-Lettres et Sciences Humaines, éditions Didier
2. Portfolio européen
pour jeunes et adultes, élaboré
par un groupe de travail de l'académie de Caen,
publié par le CRDP de Basse-Normandie et les
éditions Didier
Bien que le Portfolio 1 soit dit
« collège », il peut
très bien être utilisé au lycée,
car l'échelle couvre tous les niveaux du cadre,
de A1 à C1.
Réciproquement il est tout à fait possible
d'utiliser le Portfolio 2 au collège, car il
couvre également tous les niveaux.
Plusieurs recommandations
Ces portfolios sont des outils
mis au service des élèves pour, d'une
part, les aider à s'évaluer, d'autre
part, les amener indirectement à mieux saisir
par eux-mêmes ce qu'est l'apprentissage d'une
langue et ce que représente un acte de langage.
C'est un outil au service de leur formation intellectuelle
autant que linguistique.
Ces portfolios étant des
outils, ils ne sont pas pour autant des documents
à caractère institutionnel. Ils n'ont
pour le moment d’autre valeur que celle d'outil
de travail et ne sauraient en rien équivaloir
à une forme de diplôme, voire
document annexe des programmes français. Mais ils ont été homologués par le conseil de l’Europe.
Ces portfolios étant des
outils, ils peuvent, en tant que tels, être
jugés utiles, inutiles, modulables. C'est au
professeur qu'il revient d'utiliser ou non cet outil
dans sa classe, s'il l'estime pertinent, alors qu'il
ne lui revient pas de décider ou non de mettre
en oeuvre les programmes officiels et de l'intégration
du CECR (télécharger le fichier en format PDF) dans ces programmes.
Dans le Portfolio 2, la formulation
des descripteurs est tout à fait accessible
aux élèves. Les descripteurs de tâches
sont explicités brièvement et concrètement.
Le portfolio 1 distingue dans une rubrique spéciale,
« Mes stratégies », les
descripteurs de stratégies nécessaires
pour développer la compétence. Cela
permet aux élèves de prendre conscience
de stratégies possibles donnant accès
au sens, dans un contexte de langue non encore stabilisée,
(inter-langue, terme utilisé par les
psycholinguistes), comme l’est celle des élèves
dans le contexte d'apprentissage.
A quel niveau l'utiliser ?
On peut évidemment répondre :
à chaque niveau. Toutefois, dans un temps d'expérimentation
comme l'est cette première année de
référence directe au cadre, il semble
préférable de cibler deux niveaux-charnières,
notamment dans la perspective d'une liaison troisième
- seconde. On pourra donc, dans un premier temps expérimenter
son usage avec des élèves en
début de troisième et en début
de seconde.
Ces deux niveaux semblent, en
l'état actuel des choses, idéaux pour
faire prendre conscience aux élèves
de ce qu'est l'apprentissage des langues vivantes :
en troisième, les descripteurs permettront
aux élèves d'y voir un peu plus clair,
dans cette année qui signifie beaucoup pour
eux. Cela pourra leur permettre d'avoir des objectifs de
réussite pour cette dernière année
de collège. Réciproquement, en seconde,
générale, technologique et professionnelle,
cela peut être l'occasion d'un nouveau départ.
Après un état des lieux, les élèves
repartent avec des objectifs tangibles d'acquisition,
donc nécessairement plus directement réalisables,
pour eux.
L'idéal serait qu'au sein d'un même bassin,
les élèves puissent emporter leur portfolio
de troisième en seconde et s'y replonger avec
leur professeur en début d'année. Cela
signifie en amont une entente et une liaison
entre professeurs de LV de lycée et de collège.
Ce qui nous amène à penser ce travail
autour du portfolio en équipe inter
- langue et inter - cycle.
Une fois le principe d'introduire
le portfolio établi clairement, voyons comment
expérimenter cet outil.
Comment l'utiliser ?
A petite dose...
De la réflexion certes, mais de la pratique
avant tout
La langue employée pour
parler de cet outil sera le français :
pourquoi ?
De même que le professeur
fait faire le bilan de « réflexion
sur la langue » en français,
puisque nous sommes dans le métalangage, il
semble raisonnable de faire cette réflexion
sur l'apprentissage - on pourrait employer également
le terme « méta - cognitive »,
(au sens de « ce qui permet de penser le
cognitif »-) en français. Car il
s'agit de faire, pour l'élève, un point
pour partir de bases qui soient les plus homogènes
possibles. Evidemment rien n'interdit ensuite au professeur
(bien au contraire) d'en parler, de s'y référer,
pendant les cours en anglais, une
fois que les descripteurs seront connus, à
l'instar du professeur qui se réfère
pendant le cours à un point grammatical déjà
connu des élèves, en anglais.
Comme la langue employée est le français,
il va de soi que les séances consacrées
au portfolio ne devraient pas dépasser une
à deux - maximum - par trimestre. En fin d'année,
en troisième, ce bilan pourra être l'occasion
de rebrassages et de révisions constructives.
On pourra également associer
le professeur de lettres à cette lecture :
en effet bien des descripteurs peuvent correspondre
à des tâches également assignées
en classe de français ; il serait bon
alors, que professeur de langues vivantes et professeur
de français comparent leurs méthodes,
l'un pour faire acquérir une deuxième
langue, l'autre pour asseoir la maîtrise de
la langue. Il y a plus d'un point commun entre les
deux !
Se centrer sur une compétence au début
Il serait vain de remettre ce
portfolio tel quel entre les mains des élèves,
sans préparation. Le mieux, semble t-il, serait
de n’en remettre au début que
quelques feuilles, par exemple, celles qui
sont consacrées à la production
orale, afin de faire prendre conscience aux
élèves de l'importance
de cette compétence dans l’apprentissage,
ainsi que de sa nature et ce qu’elle
autorise : l'erreur.
On pourra demander aux élèves d’en prendre connaissance, chez eux, puis de revenir en classe afin d’en rendre compte. Il serait bien de faire travailler les élèves en groupe (4 maximum) afin de leur permettre de définir entre eux les descripteurs et de s’expliquer mutuellement ce qu’ils ne comprennent pas, puis de faire ensemble un premier bilan avant de l’exposer à la classe. Au professeur alors d’ajuster les malentendus.
Il est nécessaire d’expliquer aux élèves que les cours ne vont pas être morcelés en autant de petites leçons que de descripteurs de tâches !!! Mais qu’au cours des leçons, ils apprendront, entre autres, à effectuer certains actes de langage, et que ce portfolio leur permet de mieux cerner ce qu’ils apprennent.
Portfolio et activités de classe
A la fin d’une séquence, ou pour préparer un contrôle, on pourra demander aux élèves de parcourir leurs cahiers ainsi que les parties du manuel traité, afin de faire le bilan de ce qu’ils ont appris et de confronter ces acquis avec les descripteurs du portfolio.
Attention toutefois, ce n’est pas parce qu’une tâche a été accomplie une fois que la compétence nécessaire pour la réaliser peut être considérée comme acquise. Encore faudra-t-il mettre l’élève en position de totale autonomie, pour l’observer et évaluer si il est à même d’effectuer cette tâche et cela de façon récurrente.
Parallèlement au travail en classe, au cours duquel les 4 compétences sont travaillées, on pourra réserver certaines plages horaires, avec une régularité suffisante, pour entraîner les élèves, à l’exécution de certaines tâches à l’oral et cela en dehors du cadre contraint des cours habituels. Deux à trois fois par mois, par exemple.
Exemple d'activités
à partir d'un descripteur
Si le professeur retient le descripteur
- Niveau A2-3 : « je peux décrire
en quelques phrases et avec des moyens simples une
expérience récente. », ce
descripteur d'évaluation devient alors
un objectif de réalisation de tâche.
Le professeur pourra faire l'inventaire des expériences
récemment vécues par les élèves
de sa classe : sortie, voyage scolaire, stage
en entreprise, travail expérimental mené
en classe de SVT, par exemple, (s'entendre avec le
professeur de SVT au préalable.)
Puis il élabore avec les élèves
une grille d'évaluation de ce type de prestation :
il fait réfléchir les élèves
sur ce qu’il faut savoir faire et dire
pour raconter une expérience récente.
[Se reporter aux descripteurs du Cadre : comme
il est dit dans le Cadre, le professeur choisit
parmi les descripteurs de compétences et de
tâches, ceux qui lui semblent les plus
pertinents ; il ne les retient pas tous. Sinon,
l'évaluation devient inutilement compliquée
et infaisable, mais il est attentif à choisir
des éléments d’appréciation,
dans les trois niveaux : linguistique, pragmatique
et sociolinguistique (chapitre 4 et 5)].
De façon récurrente et régulière,
il organise une activité de prise de parole
sur le même thème mais avec des supports
d'expériences différents, (stage, voyage,
expérimentation en sciences de la vie et de
la terre etc.)
Les élèves travaillent en groupe, par
exemple, deux élèves évaluent,
deux élèves prennent la parole, soit
chacun à leur tour en monologue, soit en dialogue
(ce qui est plus difficile et s'organisera en cours
d'année).
Que fait le professeur dans ce cas ? Il se garde
d'intervenir et observe dans chaque groupe le degré
d'autonomie de chacun.
En conclusion, les élèves
comparent leurs fiches d'évaluation, et guidés
par le professeurs, décident de l'accomplissement
ou non de l'objectif.
Puis une fois que les groupes sont bien lancés, on peut ensuite organiser des concours, chaque groupe présentant ses protagonistes dûment préparés.
Il serait bon d'avoir également
un inventaire de tâches définies, dans
une boîte à idées : (role
play, scenarii, saynètes, créés
à partir des supports de travail en classe
- fiction, littérature pour adolescents, reportages
etc.) et de temps en temps les faire tirer au sort
par les élèves pour qu'ils les jouent.
Ainsi les élèves seront amenés
à reprendre plusieurs fois la même tâche,
ce qui ne peut que les conforter dans l'aisance qu'ils
auront pu d'un mois à l'autre acquérir.
Pour nous résumer, deux usages du portfolio
- une aide à la
prise de conscience des acquis. Savoir ce
que l'on sait. (Très difficile pour
un élève de troisième !)
- une aide à la
pratique intensive par la définition
de tâches précises auxquelles
on entraîne les élèves,
de façon récurrente, mais
sans en faire pour autant l'activité
exclusive du cours d'anglais !
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Il est bien entendu que, comme tout outil conçu à partir d’un concept donné, les portfolios comportent quelques lourdeurs et maladresses: mais il faut comprendre qu’il revient aux utilisateurs d’y apporter par leur pratique les ajustements nécessaires!
MF Chen Géré
IA-IPR
Sites utiles
Le Cadre européen commun de référence pour les langues sur le site d'Eduscol
Site du Conseil de l'Europe
Niveaux, documentation, validation
Dossier sur le CECR sur le site d'anglais
Le Cecr
L'article de MF Chen Géré sur le Cecr
Ressources sur le CECR et le Portfolio
Textes, articles, exemples d'expérimentation, bibliographie, webographie
Les groupes de compétences
Rédaction faite à partir de la réflexion menée lors de deux séances réunissant les formateurs en formation continue et les inspecteurs d'anglais de Paris (24 octobre 06 et 29 novembre 2006). Cliquez ici
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