Les objectifs langagiers dans le cours
d'anglais
Un cours ne saurait se concevoir sans objectifs
d'acquisition précis. Qu'est-ce que cela signifie dans la pratique?
Les objectifs d'acquisition peuvent se décliner
en objectifs culturels, méthodologiques, et langagiers, ces
derniers se déclinant eux-mêmes en objectifs phonologiques,
lexicaux et " grammaticaux".
Nous ne mentionnerons pas ici les deux premières catégories
d'objectifs, ce n'est pas l'objet de ce développement, mais
nous nous concentrerons sur les objectifs langagiers grammaticaux
et notionnels.
Au collège, les objectifs apparaissent assez
clairement au professeur qui suit la démarche du manuel utilisé.
La programmation linguistique du manuel apparaît dans la succession
des chapitres et le professeur sait pertinemment qu'il va introduire
le present perfect dans la leçon x du chapitre y. (Cela peut
d'ailleurs être un piège, si l'on s'enferme dans le carcan
de la structure du jour et uniquement la structure du jour, sans s'appuyer
sur les acquis récents ou anciens.)
Au lycée, souvent, les objectifs d'acquisition
peuvent se décliner en objectifs culturels, méthodologiques,
et langagiers, ces derniers se déclinant eux-mêmes en
objectifs phonologiques, lexicaux et " grammaticaux".
Nous ne mentionnerons pas ici les deux premières catégories
d'objectifs, ce n'est pas l'objet de ce développement, mais
nous nous concentrerons sur les objectifs langagiers grammaticaux
et notionnels.
Or souvent, ces objectifs grammaticaux et notionnels sont masqués
par l'approche utilisée, voire souvent confondus avec l'approche
utilisée. Ainsi annoncer comme objectif une compréhension
de l'oral ou de l'écrit, ce n'est pas annoncer un objectif
d'apprentissage, mais simplement un objectif de travail.
| Dire
que l'on a pour objectif de faire une compréhension de
l'oral ou de l'écrit, c'est annoncer comment l'on va passer
l'heure, mais pas quels objectifs on s'assigne pour cette même
séance. |
Les documents d'accompagnement des programmes
, récemment publiés par le CNDP, (décembre
2003) donnent des exemples de préparation de séquence.
On s'y reportera utilement. On y notera qu'une grande importance est
donnée à la nécessité d'un travail de
compréhension, fondé sur des repérages précis,
ciblés, préalablement à tout travail sur le texte,
qu'il soit oral ou écrit. Notre propos ici n'est pas de nous
attarder sur ce point.
| Nous
voudrions ici développer une des phases du travail en classe
qui est le travail d'explicitation, voire de restitution - paraphrase,
de commentaire de texte, oral ou écrit, qui constitue le
noyau dur du cours et est sans doute le passage obligé
vers le progrès de l'élève. |
Pourquoi des objectifs langagiers précis
et ciblés ?
Supposons
que l'on mène le cours en fonction de ce que le support donne
à dire, comme si l'on était dans une conversation en
milieu naturel : si on lit un texte puis si on pose les questions
: "que comprenez-vous, qu'en pensez vous, comment expliquez-vous
les réactions des personnages, quel rôle joue le narrateur,
etc…", il y a de fortes chances pour
que les élèves faibles, peu habiles se découragent
devant l'ampleur de la tâche qui est de s'exprimer alors que
ils ont le sentiment de ne pas en avoir les moyens. Dans ce
cas, les bons élèves s'expriment, les autres les écoutent.
Le professeur apporte le lexique utile, corrige ou fait corriger une
formulation malheureuse, et les élèves sortiront du
cours en ayant acquis quelques mots de vocabulaire, éventuellement
révisé une structure qu'ils connaissaient.
Dans ce cas, les élèves faibles, peu habiles, abonnés
au silence n'ont pas d'accroche pour fixer des acquis. Les notes prises
par l'élève sont éparses, et même si la
trace écrite a été faite de façon rigoureuse,
l'élève faible n'aura pas de repères clairs sur
les structures à réviser, tout au plus des phrases qu'il
pourra apprendre, sans vraiment les intégrer dans un système
cohérent.
Au contraire en fixant des objectifs langagiers, on donne une ossature
au cours, des points de repères tangibles pour l'élève,
qui saura le moment des révisions pour le contrôle venu
ce qu'il doit réviser, ce qui est attendu de lui, bref comment
se préparer à la réussite.
| Mais
comment intégrer des objectifs langagiers dans un cours
sans le transformer en carcan, en évitant le piège
de faire manipuler des structures à vide, de faire de la
grammaire à vide, sans négociation de sens?
Alors que nous savons que ce qui motive l'élève
avant tout c'est de dire ce qu'il comprend, ce qu'il ressent,
ce qu'il interprète, ce qu'il récuse, bref, ce qui
fait sens à ses yeux ? |
Tout
support contient des faits de langue qui seront ou non sélectionnés
par le professeur en vue d'un travail d'acquisition et de réflexion
sur la langue. Il est rare en fait que les faits de langue présents
dans le support soient un point de départ pour une activité
langagière communicative. Prenons un exemple un peu outré,
le question – tag : " You won't tell her,
will you? " Choisir comme objectif de travail langagier
le question-tag, parce qu'il est présent dans le texte
étudié, est possible, mais son réemploi, dans
les échanges, dans le cadre d'une communication entre élèves,
est fort problématique. Donc le professeur peut faire le choix
de travailler cette structure, mais ce n'est pas dans le commentaire
ou l'explicitation du texte qu'il pourra le faire !
C'est avant tout dans ce
que le support donne à dire que les objectifs langagiers se
définissent.
Ces objectifs ne sont pas nécessairement les faits de langue
présents dans le support, mais ils sont déterminés
par le professeur qui, lors de sa préparation de cours, prévoit
ce que ses élèves voudront dire, puis analyse les besoins
à ce niveau, et détermine en conséquence les
structures qu'ils auront besoin d'acquérir ou de consolider.
Prenons un objectif classique, parce que très récurrent
: exprimer la contrainte, la pression - une scène de Pygmalion,
( à rattacher au class system, programmes de premières,
page 6)
Si l'on veut faire progresser les élèves les plus faibles,
les moins sûrs, il est nécessaire de leur donner confiance
en les guidant dans la construction de leurs énoncés.
Dès que les élèves commencent à expliciter
les relations entre Higgins et Eliza, on commence à instiller
make-do, want her to, doesn't make himself obeyed, doesn't let
herself be … etc… Cette introduction de structures
se fait progressivement, en fonction de ce que les élèves
cherchent maladroitement à exprimer.
On utilisera dans ce cas abondamment le tableau : pour donner aux
élèves des repères visuels, mettant en évidence
les structures–clés. On pourra dans la première
réception d'énoncés encore maladroits ou erratiques,
noter des mots-clés puis faire reprendre la formulation correcte,
en reliant d'une flèche mots-clés (lexicaux) et structures.
La grande difficulté pour un apprenant est l'insertion du lexique
dans un énoncé structuré. Il est vain de donner
du lexique à un élève si on ne s'assure pas immédiatement
que l'élève pourra insérer ce lexique à
l'intérieur d'un énoncé dont il a la maîtrise.
C'est cet obstacle-là que l'on a à négocier sans
cesse en cours. L'apprenant recule devant la mobilisation : s'il est
d'un niveau médiocre, il lance un, deux, trois mots, lexicaux,
sans construire d'énoncés. Il revient au professeur
d'exiger que les énoncés soient construits, en guidant
l'élève pas à pas, et en l'incitant à
intégrer les mots qu'il cherche à employer, à
"dire" dans une structure porteuse.
Ce choix d'objectif exige de la part du professeur une grande rigueur
et le courage de ses exigences : une fois fixé cet objectif,
on ne peut y renoncer, même si l'élève entre de
façon maladroite, "étourdie" dans des énoncés
approximatifs : raison de plus alors pour exiger qu'il s'exprime de
façon complète, cohérente, avec reprise de la
structure.
En écoutant ainsi l'élève peu habile qui maladroitement
produit deux ou trois mots, en le guidant vers un énoncé
cohérent et construit, on l'encourage car on le mène
vers la réussite, en lui prouvant qu'il est capable de dire
ce qu'il signifie – L'on respecte ainsi son autonomie de pensée,
car on a cherché à toujours écouter, entendre,
comprendre ce qu'il voulait dire au départ.
| Cette
négociation de sens avec l'élève, cette construction
de la cohérence à partir de faibles moyens langagiers
est la clé de voûte de la progression des élèves
et de la réduction de l'hétérogénéité.
|
Sans
doute l'écart de l'hétérogénéité
se creuse-t-il d'autant plus que l'on n'écoute pas l'élève
timide, de niveau médiocre, qui se lançant dans un énoncé,
erratique, parfois inintelligible, à voix basse, se décourage
et s'interrompt. Il revient au professeur au contraire de l'engager
à poursuivre, et de lui faire répéter ensuite
ce qui a été repris, pour qu'il termine sur un réussite
et non sur un abandon…
Une réflexion sur la langue et des exercices systématiques,
restant dans le contexte, viennent ensuite consolider ce travail.
Nous avons
pris un exemple fort classique d'objectif langagier ( exprimer la
contrainte).
Un objectif très classique également est l'expression
du doute et de l'hypothèse. En effet, il vient facilement à
l'esprit du professeur de faire émettre des hypothèses
sur les personnages, sur une image etc… Attention, toutefois,
l'expression de l'hypothèse n'est pas le seul objectif langagier
possible ! Et sans doute, cet objectif certes utile est-il surexploité
par rapport à d'autres. En effet l'émission d'hypothèses
sur une image, sur un personnage peut parfois accaparer tout le travail
langagier au détriment du travail d'analyse de ce que l'on
voit réellement ou des données textuelles qui permettent
de caractériser un personnage par exemple.
Quels sont les objectifs langagiers souvent
négligés dans notre enseignement, car entrant difficilement
dans le cadre d'un enseignement communicatif ?
Le
travail sur la détermination, (emploi de l'article), la comparaison,
la modalité should, la passivation,
l'insertion de l'adverbe de manière en sont des exemples.
L'on disait précédemment qu'une approche ne devait pas
masquer les objectifs.
| C'est
ainsi qu'organiser un débat en classe ne se suffit pas
en soi. Encore faut-il assigner à cette tâche des
objectifs langagiers précis. |
Prenons par exemple le débat d'opinion : on
pense évidemment immédiatement à l'expression
de l'accord/désaccord, soit. Mais on peut également
penser à la consolidation de la notion de détermination
: déterminant Ø devant un pluriel de généralités.
Sachant que les élèves, qui voudront exprimer leur opinion
sur certaines catégories, sociales, ou corporatives, vont inévitablement
se heurter au suremploi de the,
*the people, *the young people, *the doctors , *the
scientists (ou pire encore : the *scientific!!) ...
Dans ce cas, lors du débat, on peut relever au fur et à
mesure les occurrences, de the
et Ø, les faire corriger systématiquement
au moment où l'erreur apparaît, puis mettre l'accent
en fin de cours sur la difficulté rencontrée et procéder
à une analyse et réflexion.
On pensera également à should,
trop souvent oublié dans les débats, par rapport à
must, sur-utilisé par les francophones.
Enfin, on pourra également cibler les équivalents de
"on", trop souvent rendu par we,
ce qui rend les énoncés des élèves inintelligibles
pour un anglophone.
A un niveau
avancé, on pensera à traiter le question-tag
dans le débat. Plutôt que d'accepter des questions de
type "he was a painter, no?", avec intonation à
la française, on fera reformuler "he was a painter,
wasn't he?". La réticence des Français à
recourir au question–tag est fort compréhensible
car elle est très étroitement liée à la
mélodie de la langue anglaise, (que l'on ne peut guère
maîtriser de façon autonome qu'à un niveau avancé).
Elle peut toutefois être combattue, petit à petit, d'un
cours à l'autre, professeur saisira une demande de confirmation
implicite dans ce que propose l'élève.
Bien entendu la comparaison risque fort d'être utile dans le
débat ; on prévoira alors l'introduction de far
more, far fewer… fewer and fewer … etc…
Le
professeur aura intérêt à rendre récurrents
ces emplois, non pas en forçant les élèves à
dire ce qu'ils ne voudraient pas nécessairement dire, mais
en veillant, en guettant toute reformulation possible.
C'est sans doute là que réside le savoir-faire pédagogique,
qui consiste à détecter ce que l'élève
veut dire, à en saisir la profondeur, derrière la façade
de l'énoncé embryonnaire "brut de décoffrage",
puis à trouver très vite sur quelle piste notionnelle
ou structurelle l'emmener, afin de lui permettre de mieux exprimer
ce qu'il voulait dire..
MF Chen Géré
IA-IPR